La Psychologie Corporelle Intégrative

Psychologie Corporelle Intégrative

Psychologie Corporelle

Une des originalités de la PCI est d'avoir développé une approche où le Corps est

  • au centre du processus de développement de la personne
  • et au centre du processus thérapeutique.

C'est l'intuition qu'a eu au départ JL Roosenberg (1932-2016), fondateur de la PCI aux USA, dans sa pratique clinique.  Expérimentalement, il s'est rendu compte que le corps (celui du patient et le sien) ne cessait de lui donner des renseignements sur ce qui se vivait dans la relation et dans l'affect de la personne.

Cette approche est aujourd'hui confirmée par les découvertes dans les neurosciences (A. Damasio, A. Shore, L. Cozolino).

Une autre caractéristique fondamentale en PCI est de considérer l'être humain comme étant

  • dans un constant processus de réalisation de soi, d'expansion(comme une graine se réalise en devenant un arbre, différent des autres)
  • dans une recherche de sécurité intérieureoù il peut être:
    • libre d'accueillir ce qui est, à l'écoute de ses besoins plutôt que de lutter contre ce qui lui fait peur, plutôt que de se défendre de ressentir ses blessures, ses émotions;
    • libre d'être lui-même, vulnérable c.à.d. authentique en relation (avec les autres et son environnement).

Un étudiant en médecine me partageait un jour : "pour arriver en forme à un examen et me sentir fort, je fais un jogging tôt le matin.  Je ne connais pas toujours toute ma matière sur le bout des doigts mais je me sens confiant et plein de vitalité dans mon corps pour affronter cette épreuve...".

Etre vivant, ce n'est pas un concept mais une expérience ressentie dans mon organisme : je me sens vivant.   Quand je m'appuie sur cette sensation d'être un organisme ouvert où mon énergie circule librement, quand je m'appuie sur ma vitalité, je peux accueillir, tolérer les vagues désagréables de la vie et profiter pleinement des beaux moments rencontrés.  Je suis en sécurité dans le plaisir comme dans l'inconfort.         

 Dans cette perspective, l'organisme (psychisme et corps inter-reliés) est au centre de ce processus de développement de soi.

A la base de ce processus de développement de Soi (aux premiers temps de notre existence et à chaque grande étape de notre vie), il y a la Relation.  L'Homme est fondamentalement un être de relation. Ainsi, l'embryon n'existe que parce que deux êtres ont été en relation lors de sa conception; le foetus ne peut croître qu'en relation très intime avec sa mère : au sein de sa matrice.  Une des spécificités du bébé humain est qu'il manifeste une "prématurité" à la naissance.  Il est incapable de satisfaire ses besoins de base (manger, se chauffer, se laver, se soigner, se mettre en sécurité,...). "Un bébé seul n'existe pas", disait Winnicott.  Le nouveau-né est dès lors, très dépendant de ses parents et il va développer des stratégies relationnelles efficaces pour être reconnu, accueilli comme être vivant et être vu, entendu dans ses besoins (affectifs et physiologiques).   C'est dans une relation suffisamment intime à un Autre dont il est dépendant que l'enfant va faire l'expérience ressentie dans son organisme d'une plus ou moins grande sécurité affective.  En effet, s'il est vu, entendu, reconnu dans son expérience et ses besoins par une figure d'attachement qui est présente, vivante, contenante et en syntonie, il va pouvoir faire l'expérience d'un attachement secure (Bowlby) et il ressentira son organisme (corps-psychisme) ouvert, fluide, détendu et vivant, disponible, attentif mais pas en alerte, ni tendu comme face à un danger.  En fait, son organisme est un véritable baromètre de son expérience, comme pour chacun de nous si nous développons suffisamment de conscience corporelle : "I don't have a body, but I AM SOME-BODY".  Ceci est d'autant plus vrai pour le bébé que c'est au travers du corps que vont s'effectuer les interactions, la communication entre bébé et sa figure d'attachement : les expressions du visage de bébé et les réponses automatiques qu'elles génèrent chez l'adulte, les différents cris (par leur tonalité, intensité...) du bébé qui permettent à l'adulte de décoder ses besoins différents, la manière dont il se dépose dans les bras et vice-versa : la manière de porter bébé (le "holding" de Winnicott) de le regarder, de lui parler...  Bref, dans ce mode de communication, le message n'est pas transmis de manière abstraite par des mots (de quoi je parle, le contenu, des concepts qui font référence au réel) mais par la matérialité concrète des organismes en présence, par ce qu'ils ressentent et expriment.  Le corps-à-corps bébé-parent est un langage non-verbal qui permet un passage d'informations directement d'inconscient à inconscient (de cerveau droit à cerveau droit, dirait A. Shore).  Le nouveau-né utilise pleinement son corps comme un baromètre de son expérience (bien-être/mal-être).  Il développe ainsi une première conscience de Soi : ce qu'il ressent dans son corps (A. Damasio).

Ainsi, à la source de notre identité, il y a cette expérience non-verbale de bien-être/mal-être ressentie dans le corps et au fil de notre développement ce "je sens" deviens "je sens que je suis".

La base du développement de l'enfant, de son sentiment de Soi est l'attachement secure, dont nous avons parlé.  En effet, tout bébé a besoin de ses figures d'attachement comme contenant de son expérience ressentie.  Ainsi, s'il fait l'expérience d'une sensation intense de faim, de douleur ou d'une émotion forte, il va se sentir menacé dans son intégrité et vivre une grande insécurité intérieure.  Par réflexe, son organisme va se tendre et se mettre en stress, en survie (pleurs, agitation...).  Le parent, par sa présence rassurante, affectueuse (comme contenant extérieur) et sa capacité à répondre en syntonie aux besoins de l'enfant, va aider l'enfant à tolérer ce ressenti qui le submerge, le menace.  Le parent aide l'enfant à retrouver le chemin d'un organisme ouvert, détendu et vivant où l'énergie circule librement.

Fondamentalement, l'enfant a besoin de développer, d'une part, un lien intime avec ses figures d'attachement surtout les premiers mois de sa vie afin que celles-ci répondent à ses besoins essentiels (affectifs et physiologiques).  D'autre part, dans un équilibre dynamique, l'enfant a besoin de se sentir reconnu dans sa différence et soutenu à devenir un être distinct (séparé) de ses figures d'attachement.

C'est dans ce processus de connexion et de séparation, de fusion et de différenciation que l'enfant apprend, en sécurité, à s'appuyer sur sa propre vitalité, ses ressources, la conscience de ses expériences vécues et ressenties dans son organisme pour devenir progressivement un être autonome.

Mais le contexte relationnel n'est pas toujours optimal et des expériences relationnelles inadéquates peuvent amener l'enfant à vivre des blessures (s'il n'est pas vu dans ses besoins de manière répétitive et/ou intense).

Fondamentalement, l'enfant peut vivre des expériences où il se sent abandonné par sa figure d'attachement (pas assez entendu dans son besoin essentiel de lien affectif) ou envahi (pas assez soutenu dans son besoin d'être différent, autonome).  Ces expériences peuvent générer chez l'enfant des blessures qui empêchent son Soi de se développer.  Par peur de ressentir à nouveau ces blessures, l'enfant va développer des modes adaptatifs (styles défensifs) qui lui permettent de survivre mais le maintiennent en insécurité.  Il va se créer :

  • des croyances ("j'ai fait quelque chose de mal, je suis nul..."), une certaine vision (tronquée) du monde,
  • des comportements réflexes en relation (il cherche le lien à tout prix, il se met à distance ou se dissocie de ses sensations et émotions),
  • des attitudes corporelles (l'armure de Reich constituée de tensions, de blocages).

La base d'une relation guérissante (couple, ami, thérapeute...) est de vivre des expériences relationnelles différentes du passé qui permettent à la personne de reprendre son programme de développement de Soi, de sortir de la prison de ses peurs pour aller vers plus de Vie.

En mettant le focus sur le corps et la relation, la PCI est au coeur de ce processus où la personne dans le cadre d'une relation secure peut vivre des expériences relationnelles guérissantes.  la PCI stimule avec ses outils spécifiques (la conscience corporelle, la présence, les frontières...) l'intégration dans l'organisme de nouvelles empreintes (croyances, comportements, attitudes corporelles) qui permettent à la personne de se vivre plus pleinement, en sécurité en relation.

Intégrative

La PCI appréhende la personne dans sa globalité et intègre dès lors dans sa démarche thérapeutique les dimensions corporelles, psychiques (émotionnelles et cognitives) et spirituelles de la personne.

La PCI est également une synthèse de différentes approches thérapeutiques :

  • Nous y retrouvons des concepts fondamentaux de la psychanalyse de Freud, (1858-1939) (le désir, l'inconscient, le refoulement, le transfert, le travail sur les rêves...), de Lacan, (1901-1981) (le grand Autre, l'inconscient structuré comme un langage...), de Jung, (1875-1961) (anima-animus, l'inconscient collectif, le travail sur les rêves, la dimension de l'esprit...).
  •  Des approches psychocorporelles :
    • la bio-énergie de Reich, 1897-1957 (le corps est au centre du processus de développement et de guérison de la personne, la santé mentale est liée à la capacité orgastique de la personne et la souffrance aux tensions dans le corps).
    • et de Lowen, 1910-2008 (qui a fondé l'institut pour l'Analyse Bioénergétique)
  •  La psychologie du Soi de Kohut, 1913-1981 : le patient a besoin d'une vraie personne pour vivre une expérience relationnelle différente du passé : plus secure et guérissante.
  •  Certaines approches humanistes :
    • la Gestalt de Perls, 1893-1970 (qui met l'accent sur la prise de conscience de ce qui se passe dans le processus relationnel ici-maintenant),
    • le Focussing de Gendlin, 1926-2017 (comment un être humain se met à l'écoute de son expérience ressentie : cela commence par les sensations corporelles),
    • l'approche empathique de Rogers, 1902-1987 (le patient a besoin de se sentir vu, entendu par quelqu'un qui lui renvoie un miroir de son expérience émotive),
    • la théorie de l'attachement de Bowlby, 1907-1990
  • La systémique (comme le travail de Minuchin, 1913-1990) où l'individu est en interrelation avec d'autres individus au sein d'un système.
  •  Les disciplines favorisant une meilleure conscience corporelle (techniques corporelles de détente, de respiration, d'ouverture et de soutien de la vitalité... : yoga...)

 

Dr Eric Delens
Psychothérapeute, formateur PCI